Editions Au Salvart
Ternaires - Maurice Regnaut
Maurice Regnaut, Ternaires.
Éditions Au Salvart, 2025
Poète, traducteur, essayiste, romancier et auteur de théâtre, Maurice Regnaut (1928-2006) fut l'un des premiers traducteurs du théâtre de Brecht en France. Ces Ternaires, composés, donc, de trois vers, sont une sorte d'appropriation de la forme traditionnelle du haïku japonais. Il en émane une voix singulière, intérieure, un souffle de l'âme. Dans sa préface, François Wittersheim recommande de les lire à voix haute pour mieux se les approprier. Ainsi, l'inspire accompagne le début du poème, et l'expire, sa fin. Il me semble, à lire ces Ternaires, que, dans cette forme brève, le proche et le lointain cohabitent.
Les enfants,
Criant et riant, de loin appelant,
De si loin.
Le réel le plus immédiat est en lien avec l'infiniment grand, à moins que ce ne soit le poème qui nous conduise de l'un à l'autre. Ce qui émane de ces tercets, c'est le mouvement, la respiration, le rythme, même, un rythme lent et mesuré. Il y a bien un début, un milieu et une fin, laquelle s'apparente souvent à une chute. Maurice Regnaut aborde sa propre finitude. Ainsi, les couleurs éclatantes de l'aujourd'hui font place à l'ombre de l'auteur, si lourde.
M'étendre sur la terre
N'être plus que le temps qui va
Me supprimer.
Ce sentiment de finitude cohabite avec celui du vide, du silence ou de l'échec. Avec cette forme si brève, l'auteur parvient à évoquer des thèmes universels, avec sa propre singularité, et tout en se renouvelant à chaque poème. Il dit aussi la beauté du monde, cette beauté simple que parfois l'on ne voit pas et qui pourtant resplendit, au détour d'un chemin, que ce soit une fleur, ou un coucher de soleil.
Bleu à bleu, feu à feu bleu, et dire
Que j'aurais pu ne vous voir jamais,
Myosotis de ce monde !
Ainsi, inopinément, la lumière éclate en cercles, et illumine tout. Parfois, le besoin de calme, de retour à la terre, se font aussi sentir. Il y a toujours cette lenteur, comme un besoin de prendre le temps, de marcher, de penser, d'écrire, pour dire l'essentiel, la lente respiration du monde, et de sourire ainsi à ce qui viendra.
Et l'aube était si pure,
On aurait dit, oui, qu'allait naître
Un autre monde.
Valérie Canat de Chizy

Fontaine de clairvent
Une lecture de Jean-Claude Albert Coiffart
Fontaine de Clairvent. (1)
Des mots en embuscade
Fontaine de Clairvent, quel beau titre Bernard Grasset a donné à son nouveau recueil ! Un recueil dans lequel soixante-quatorze quatrains nous font partager certaines émotions, grâce à des mots qui attendaient le poète, en embuscade, au coin d’un paysage. Des mots qui avaient résisté au temps et qui, le sablier renversé, nous livrent la saveur, Bruits et silence, d’une saison dans la lumière d’un paysage. En quelques mots, nous entendons le chant des vagues, le murmure de l’aube ou les trilles d’un oiseau. Nous voyons le soleil scintiller sur l’eau, sur l’herbe ou sur les pierres.
Bernard Grasset nous entraîne dans une promenade poétique pour nous offrir, en partage, une moisson d’images cueillie, à l’abri des bruits du monde. Nous suivons le poète et nous suivons les saisons : les fleurs du printemps, jaunes et blanches, le soleil brûlant les toits de l’été, les bruines de l’automne effaçant les couleurs d’une page jusqu’à ce pays d’hiver, pays d’ailleurs d’où nous parvient, d’eau et de feu, l’écho feutré de certaines voix.
En quatre vers, les mots plantent un décor, dessinent une situation, fixent le mouvement ou l’immobilité d’un être ou d’un objet et la magie opère, la poésie nous embarque vers l’infini. En quatre vers, grâce à quelques mots justes et juste quelques mots. Un poète a fait le choix d’une certaine pauvreté de moyens, mais c'est toute sa richesse. Dire peu pour montrer davantage. Tel un impressionniste, Bernard Grasset a planté son chevalet au cœur du motif, et il pose ses mots comme le peintre pose ses couleurs pour nous donner à voir les sensations qu'il a éprouvées, d'où la vie qui nous est livrée, frémissante, prise au filet de ses vers. Une vie que tous les lecteurs auront plaisir à découvrir avec ses bruits, ses couleurs, ses odeurs et ses charmes.
Je vous convie à ouvrir le dernier ouvrage de Bernard Grasset, vous y découvrirez une exposition, soixante-quatorze tableaux sont accrochés aux cimaises du livre, ils vous attendent pour vous montrer les ciels changeants de la Bretagne à Montmartre, de la campagne à la ville, avec toujours un certain silence, qui est le propre de l'auteur de Pascal et Rouault et du traducteur de Rachel.
Le livre est accompagné des illustrations, remarquables par leur intensité souvent à la limite de l'abstraction, de l'artiste peintre et plasticienne Isaure.
(1) Éditions Au Salvart, 2023. Illustrations d'Isaure
Jean-Claude Albert Coiffard Concerto pour marées et silence, revue, n° 19, mai 2026

Si elles s'envolent... - Cécile Guivarch
Une lecture de Philippe Leuckx pour Recours au poème
( septembre 2024 )
Par Philippe Leuckx| - (6 septembre 2024 sur Recours au poème )
L’auteure de ces beaux livres de mémoire (“Renée en elle”, “Sans Abuelo Petite”, “Cent au printemps”, “Sa mémoire m’aime”) prolonge sa réflexion humaniste avec ce bouquet de textes adressés à ses mère, grand-mère, grand-tante, aux poètes (Marina Tsvetaeva), aux vedettes de l’écran (Marilyne, Brigitte, Françoise, Simone) et à toutes ces femmes qui ont tant oeuvré pour que leur sort soit moins funeste.
On retrouve la grâce, la finesse, et l’empathie de la poète qui sait si bien parler du temps révolu, de toutes les tâches ingrates, de tous ces corps appelés à travailler sans peur de suer ni de courber le corps sous la peine. En brèves inflexions, sous la bannière de Denise Desautels ou de Denise Le Dantec, Cécile honore le labeur sous toutes ses formes, au temps où les moissons se faisaient à la main, et “recommençaient chaque printemps/ les mêmes gestes d’élan et de coeur”, quand “c’était dur” de vivre, de travailler, femmes ou hommes même combat. “Ma grand-mère comptait ses couches/ comme un oignon” : que de lessive à couler en rivière, que de linge à curer au soleil pour qu’il soit plus blanc. Les usages du temps, les affres du corps, la splendide mémoire des corps : tout ici relève d’une ethnographie singulière, menée par une poète qui ne fait pas fi de ce qu’elle a vu des anciens, mais en garde rigoureusement les traces. D’ailleurs, elle se niche, petite, dans certains fragments : “mes jambes comme des ailes/ j’avale le vent bouche ouverte” (p.18).

Si elles s'envolent... - Cécile Guivarch
Une lecture de Valérie Canat de Chizy pour Terre à ciel
( Juillet 2024 )
leur dos longtemps tête à l’envers
les mains remuent toute la journée
de rang en rang elles se relèvent
essuient sueur revers de manche
retournent à la terre jusqu’au soir
blé orge vigne ou pomme de terre
se redressent s’épongent le front
temps à peine d’entrevoir la fleur
sur le bord du talus un coquelicot
Dimanche ou mercredi peu importe
leur visage offert à tous les vents
yeux au ciel leurs enfants morts
Entre les femmes d’hier et celle d’aujourd’hui, il y a, certes, un écart. Et pourtant, un fil invisible les relie.
Aller de l’une à l’autre
ralentir leur course
donner à vivre le rêve
je suis avec elles sur leurs genoux
Les sentir éternelles dans mes veines
Parfois elles passent dans le ciel – nuages –
les regarder défiler lentement sous mes yeux
C’est la guerre – la vôtre et la mienne –
J’ai perdu ma mère / je pleure tous les morts

Les notes de lectures sur Fontaine de clairvent :
Revue ARPA :
Comme pour le haïku, il s’agit « d’une écriture de la brièveté, écriture qui se rapproche du silence », ainsi que l’affirme lui-même Bernard Grasset, avec le sentiment qu’il a de poser son écritoire dans la nature comme le ferait un peintre avec son chevalet. « Les mots s’allient à la vie », note l’auteur en quête de « splendeurs oubliées » ou de « mélodies murmurant au secret de nos existences ». On ne doit donc pas s’étonner qu’il ait pu être aimanté par des lieux aussi emblématiques que Vézelay, Lérins, La Grande Chartreuse, le Mont Beuvray ou Locmariaquer, sans oublier une escale en Irlande, comme ce samedi 7 mai 2022 du côté de Killarney : « Épée brisée, arbre de paix, / Soleil sur les tombes, arpèges, / Et tu longes le lac, murmure / Scintillant, signet d’aventure ». Dans un style presque télégraphique, Bernard Grasset (né en 1958), se fait le greffier des jours et de lieux arpentés avec ferveur, à un moment où, avoue-t-il, son « chemin en poésie aperçoit son terme ».
ATERNEL de Maurice Regnaut
Une lecture de Cécile Guivarch

Fontaine de clairvent de Bernard Grasset : une lecture de Patrick Joquel.
( Décembre 2023 )
Les lieux sont divers. Certains me sont totalement inconnus. D’autres, j’y suis passé, voyageur également. Quelques uns accompagnent mon quotidien : les Alpes Maritimes.
Écrire des quatrains c’est donner l’importance du moment. C’est également tenter via une économie de mots d’offrir de l’essentiel, du brut sans fioritures. Un exercice, comme un jeu, de sobriété. J’en apprécie la dynamique et les réussites.
Voici un livre qui pourra donner lieu à des ateliers d’écriture à tout âge et que l’on pourra donc insérer dans les bibliothèques de l’école primaire aux médiathèques des villes (secteur adolescent comme adulte) ; le poème échappe bien souvent aux catégories qu’on assigne aux lecteurs.
En voici quatre que j’ai choisis en connaissance du lieu (il faut bien se donner un critère, n’est-ce pas?).
Roches rouges, vagues bleues,
des falaises au maquis,
comme rêve ou brasier,
écrire l’autre pays.
Vendredi 9 décembre 2022-Saint-Raphaël, Estérel.
*
Claire colline où brûle une lampe,
accordéon et violoncelle,
cheminer longtemps sur les pavés,
cris d’enfants, vigne ou poème.
Lundi 12 décembre 2022- île de Lérins
*
Terre et ciel, arbres sasn feuilles,
tout commence, tout s’achève,
canaux et prairies, images
d’enfance, brise d’hiver.
1er janvier 2023- saint-Benoist-sur-Mer
*
Et j’attends encore, source
de silence et d’espérance,
vignes et palmiers, mains
des saisons, pure transparence.
Samedi 21 janvier 2023-Paris, Montmartre

Fontaine de clairvent de Bernard Grasset : une lecture de J-P Gavard-Perret.
Poète et philosophe, il poursuit ici sa quête d'une vérité ontologique forgé par une écriture sobre nourrie de la nature, de ses voyages et de ses connaissances artistiques et spirituelles.
Il cherche donc une vérité plus d'appartenance que de simple apparentement. Elle est à trouver derrière la nuit du regard donc dans les tréfonds de l'être où peuvent s'entendre encore les voix qui se sont tues
Celui qui fait preuve d'un certain génie linguistique recherche plus une langue nue et presque commune que lyrique. C'est là aussi une manière d'inventer ou transformer un langage en quatrains directs où n'est donné que ce qui perle de l'être.
Ce recueil comme tous ceux de ce poète reste le reflet de l’intériorité et le fruit de la conscience. S’impose, se donne et s'incarne la finitude des êtres et leur croyance en l'au-delà. Et ce, dans l’instant même où le monde est saisie tandis que le dehors et le dedans se condensent l’un l’autre et tendent à l’introspection. Apparaît ainsi un territoire propice à la transcendance.
Jean-Paul Gavard-Perret
Bernard Grasset, Fontaine de Clairvent, Au Salvart, 48 p.-, novembre 2023, 12€


Sur le site de En Attendant Nadeau.
Une note de Roger-Yves Roche.
Roger-Yves Roche
La guitare dans l’arbre suivi de Il neige sur la mer
La guitare dans l’arbre suivi de Il neige sur la mer
Au cœur du premier ensemble, il y a « l’absent sans paroles », le fantôme persistant d’un amour brisé dont le souvenir continue à hanter les lieux familiers de la poète, l’oubli qui ne vient pas. Dans les premiers poèmes, Lydia Padellec évoque le mécanisme insidieux qui se met en place quand « nous ne parlons plus / la même langue », la distance qui s’installe entre les amants. Dans « la déchirure d’un rêve / qui peu à peu se dissipe », il reste une sensation de défaite irrémédiable. L’absence et le vide s’énoncent en mots simples. La répétition en leitmotiv indique que la rupture s’annonce définitive : « l’absent erre entre les frontières secrètes », « Ulysse ne reviendra plus », « Il ne reviendra pas / l’amour des trente ans ».
Les sentiments et les émotions s’expriment dans un registre métaphorique, cependant que les objets du quotidien (la bouilloire, les lampes, la chambre, les écrans, un banc, la guitare) marquent un ancrage dans le réel. Le poème se fait compact sur la page. Les mots sont implacables, sans appel, pour dire « l’essaim du souvenir ». Le premier volet se clôt sur « le fil du poème / ouvert et incandescent ». Puis vient le temps d’« élaguer la mémoire », de se réapproprier le silence « lumineux comme une nuit / de neige ». Dans le deuxième ensemble, le poème se fait plus concis, s’arc-boute sur les mots essentiels et paradoxalement s’aère et respire : « la mer apaise l’amertume / de l’âme dévastée ».
Marie-Josée Christien Spered Gouez N°28 /Otocbre 2022
https://speredgouez.monsite-orange.fr/

Origines du poème - Une lecture de Marie-Josée Christien. pour la revue Spered Gouez.
Origines du poème
Le poème bref d’Hervé Martin s’entoure de silence et de mystères pour remonter à ses sources : « Ici le passager précaire rapatrie de fugaces reliques ». Le poète s’adresse à son alter ego : « Qu’es-tu venu chercher / dans ce lieu où erre curieusement l’enfance ». Il retrouve dans quelques traces fugitives captées sur les lieux de son enfance les éléments fondateurs qui deviendront ses « motifs » d’écriture. Ses « mots de persistance et d’oublis » dessinent des labyrinthes d’où surgit la conscience aiguë du temps découpé par les heures et par les horloges.
La perte d’un frère nourrisson « qui traça sur (s)on histoire comme une ligne d’ombre » a laissé le vide de l’absence et « le chagrin qui perdure ». Muette, la douleur s’est longtemps tapie dans le corps. Puis les mots remontant peu à peu de la gangue du silence « se frayent un chemin / à travers le rhizome des nerfs ». « Le poème se révèle / en un puzzle » qui permet enfin le retour à soi.
Marie-Josée Christien Spered Gouez N°28 /Octobre 2022
https://speredgouez.monsite-orange.fr/

D'une vallée perdue à mes jours de mémoire
Hervé Martin, D'une vallée perdue à mes jours de mémoire, encres de Sophie Brassart, éditions Au Salvart, 2023, 48 p. 18 €.
La mémoire ne choisit pas entre les (sur)vivants et les morts. Elle réveille les uns, veille les autres. D'une vallée perdue à mes jours de mémoire d'Hervé Martin est un petit livre qui ne dit pas son nom, le dit trop bien, hésite entre la lumière et l'ombre, l'enfance et le précipice : « Aux cœurs sonnants dans les poitrinesle poids des médailles ne comble pas l'absence Des années après la mémoire ne peut riencontre la béance le trou des jours perdus De ceux qui ne mêlent plus de pasaux traces de leur ombre » D'un événement de guerre, l'embuscade dans la vallée d'Uzbin, à 50 km à l'est de Kaboul (août 2008), Hervé Martin fait un poème stoïque-déchirant, que les encres de Sophie Brassart accompagnent, comme les éclairs l'orage. Et sans doute le temps de l'écriture n'a-t-il pas suivi exactement celui du souvenir, s'est même soustrait à lui, comme pour enfin regarder la blessure en face : « Il aura fallu une dizaine d'années avant que l'auteur puisse écrire sur cet épisode tragique qui aurait pu briser sa famille. »

D'une vallée perdue à mes jours de mémoire
Naviguant sur diverses émotions, l'auteur remonte le fil de ce qui aurait pu briser sa famille lors d'une guerre où beaucoup d'innocents furent emportés par des circonstances tragiques et puisque c'est bien là la loi du genre.
Mais il s'agit d'avancer. Mais sans rien oublier. Se relever demande de traverser le chagrin pour donner conscience à ce qui est en reprenant des valeurs face au nivellement par le bas de la cruauté.
Au-delà du textuel ces poèmes mêlent l'intime et le collectif. C'est là qu'ils agissent pour la mémoire mais aussi pour renaître, au delà du traumatisme, et avec une force morale dans un engagement pour que le demain ne ressemble pas à l'hier.

Origines du poème - Une lecture de Jean-Paul Gavard-Perret - L'Internaute
L’inhibition se trouve levée selon une pulsion qui n'a rien autodestructrice. Tout fonctionne :
Pour libérer le corps / des stigmates des yeux / posés sur l'enfant / au plus seul du lit.
Cela ne va pas sans heurts et le poème se révèle un puzzle.
Dans la force des années, des images reviennent : c'est le moyen de trouver des repères là où les mots tentent de percer le silence et l'oubli.

D'une vallée perdue à mes jours de mémoire
Les 18 et 19 août 2008 eut lieu dans la vallée d’Uzbin à une cinquantaine de kilomètres de Kaboul (Afghanistan), une bataille contre les talibans qui se révéla une terrible embuscade dans laquelle les soldats français perdirent 21 hommes et eurent de nombreux blessés. Parmi ceux-ci le fils du poète Hervé Martin. Quinze ans plus tard il ose en parler et publier aux éditions « Au Salvart » (qu’il vient de fonder) cet émouvant recueil au titre pudique comme l’est son auteur : « D’une vallée perdue à mes jours de mémoire ». Hervé Martin d’Igny (il a gommé cette particule bien sûr pour rester un Martin, premier nom de France depuis 1650 au moins jusqu’à ce jour !). Hervé le poètéditeur s’autorise à évoquer ce terrible drame qui faillit détruire sa famille. Mais il le fait à sa manière : sans dire. Avec une parole pleine de blancs –que la mise en page souligne jusqu’à parfois dérouter le lecteur : c’est fait pour bien sûr… Ces blancs, comme une parole qui bégaie, ne sont pas des trous –mais le souffle haletant de la mémoire mise en mots et en espace dans l’émotion toujours trop forte pour que le poète ne la contienne pas : pas question de se laisser aller au pathos. Et cependant celui-ci affleure, de peau et de mots. Conseils au lecteur : lire ; et si tu n’entres pas d’un coup, laisse reposer, renseigne-toi. Puis relis : tu ne seras pas déçu « Et tu retourneras vers la vie à gravir ». Les belles encres de Sophie Brassart t’y aideront.
La guitare dans l'arbre suivi de Il neige sur la mer. Par Chantal Couliou
Un recueil en deux parties: la première est consacrée à l'homme aimé en allé avec sa guitare et ses chansons. L'auteure se console au bord de la mer, à travers les mots et la poésie qui lui permettent de prendre du recul. Pas de pathos dans ce recueil. La rupture, une rupture qui fait mal, qui laisse des traces mais qui permet aussi la réflexion et la reconstruction. C'est peut -être cela qui fait le sel de la vie: savoir que rien n'est éternel, que les amours peuvent mourir et d'autres voir le jour.Il s'agit de transformer la douleur, le chagrin en une force qui permettra de renouer avec le bonheur. Rien ne nous console de ces fractures de la vie, de ces pertes mais nous nous devons de les apprivoiser pour avancer, pour retrouver goût à la vie.Nous avons vieilli/et avec nous les rêves/d'une voie nouvelle-/ les lampes la nuit/n'effacent pas les caresses/un rire parfois réveille/mais ce n'est que le vent/qui claque contre le vent./


